
Il y a l'art et la manière. L'art et la matière aussi. Bernard Copeaux enduit les surfaces de ses sculptures et peintures d'une matière fécale animale que l'on nomme bouse de vache. Parlons plutôt de pâte d'herbe. Mais aussi bien d'alchimie, de transmutation des végétaux. Partant du principe qu'en Inde, où l'artiste-voyageur-philosophe séjourna, la vache est sacrée, ses déjections peuvent l'être tout autant. En quelque sorte la partie d'un grand tout. C'est ce que s'est dit l'artiste, ruminant sur le sens de la vie, lorsqu'il tomba sur la galette philosophale. Si le bonheur est dans le pré, Copeaux trouva le sien sous la forme d'une galette séchée qu'il s'empressa de ramener comme un trophée en son presbytère atelier de Courcelles-sur-Nied, en Moselle.
La chose végétale, quasi fossilisée, allait y végéter jusqu'à l'heure de la mystique révélation : avec de l'infiniment modeste, on pouvait aller au cœur de l'infiniment grand. Comme des poussières d'étoiles, les toiles, les objets allaient désormais se vêtir d'un manteau végétal mâché, malaxé, étonnamment plastique et doux d'aspect, d'une matière aussi vivante que naturelle. Copeaux créa son monde et le trouva vachement bien. Nous aussi. De ses toiles, qui sont autant de cartographies mystérieuses, surgissent en relief d'improbables constellations. Un art métaphysique, poétique et d'une grande humanité. Un artiste épatant, important.
- Exposition Bernard Copeaux du 18 janvier au 23
février.
Galerie Trait d'Union à Neufchâteau (Vosges) du mardi au samedi de 14h à 19h et le dimanche de 15h à 18h. - sur le net : galerie photo d'œuvres de Bernard Copeaux


