Paroles de murs

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dimanche 13 janvier 2008

Copeaux cosmique


Il y a l'art et la manière. L'art et la matière aussi. Bernard Copeaux enduit les surfaces de ses sculptures et peintures d'une matière fécale animale que l'on nomme bouse de vache.
Parlons plutôt de pâte d'herbe. Mais aussi bien d'alchimie, de transmutation des végétaux. Partant du principe qu'en Inde, où l'artiste-voyageur-philosophe séjourna, la vache est sacrée, ses déjections peuvent l'être tout autant. En quelque sorte la partie d'un grand tout. C'est ce que s'est dit l'artiste, ruminant sur le sens de la vie, lorsqu'il tomba sur la galette philosophale. Si le bonheur est dans le pré, Copeaux trouva le sien sous la forme d'une galette séchée qu'il s'empressa de ramener comme un trophée en son presbytère atelier de Courcelles-sur-Nied, en Moselle.
La chose végétale, quasi fossilisée, allait y végéter jusqu'à l'heure de la mystique révélation : avec de l'infiniment modeste, on pouvait aller au cœur de l'infiniment grand. Comme des poussières d'étoiles, les toiles, les objets allaient désormais se vêtir d'un manteau végétal mâché, malaxé, étonnamment plastique et doux d'aspect, d'une matière aussi vivante que naturelle. Copeaux créa son monde et le trouva vachement bien. Nous aussi. De ses toiles, qui sont autant de cartographies mystérieuses, surgissent en relief d'improbables constellations. Un art métaphysique, poétique et d'une grande humanité. Un artiste épatant, important.
  • Exposition Bernard Copeaux du 18 janvier au 23 février.
    Galerie Trait d'Union à Neufchâteau (Vosges) du mardi au samedi de 14h à 19h et le dimanche de 15h à 18h.
  • sur le net : galerie photo d'œuvres de Bernard Copeaux

mercredi 10 octobre 2007

Le Merveilleux, d’après nature



Le château moyenâgeux de Malbrouck, à Manderen au Pays des Trois Frontières, présente jusqu’au 21 décembre 2007. "Le Merveilleux, d’après nature". Labellisé Luxembourg-Grande Région 2007, année européenne de la Culture, ce second volet d’un cycle consacré au thème du Merveilleux rassemble 170 œuvres d’une cinquantaine d’artistes internationaux. Un singulier cabinet de curiosités concocté avec la malice, la fantaisie et la culture encyclopédique de l’historien de l’art Christian Debize, commissaire de l’exposition. Entre peintures, photos, gravures, sculptures, tissages, vidéos, installations, on est sans cesse déboussolé au fil des siècles entre rêve et réalité, entre raison et illusion avec des œuvres patrimoniales anciennes provenant du musée roumain de Sibiu et des pièces très contemporaines provenant notamment des collections des Fonds régionaux d’art contemporain et du Centre Pompidou. C’est plein d’intelligence, d’émotion, de sensibilité. Décoiffant, vraiment.
Pour en savoir plus : www.chateau-malbrouck.com

Légende illustrations ci-dessus, de gauche à droite :
1 - Victor Brauner, Loup-table, 1939/1947, Centre Pompidou - Musée national d’art moderne / Centre de création industrielle, Paris © RMN / ©  Philippe Migeat
2 - Johann Georg Hinz, Cabinet de galanterie, vers 1680, Huile sur toile, Musée national Brukenthal, Sibiu, Roumanie © Musée National Brukenthal, Sibiu, Roumanie
3 - Daniel Buren, Bouquet, 1988, 8 bannières imprimées de rayures et fixées sur une structure métallique en forme de tourniquet, Collection 49 Nord 6 Est, Fonds régional d’art contemporain Lorraine, Metz © Adagp, Paris 2007 / © Tom Gundelwein
4 - Anonyme - D’après Albrecht Dürer, Le miracle de Saint Eustache, XVIe siècle, Huile sur bois, Musée national Brukenthal, Sibiu, Roumanie © Musée national Brukenthal, Sibiu, Roumanie

dimanche 15 juillet 2007

Bernar Venet, abstraction maximale


photo © F.K.
Sept sculptures monumentales en acier ont investi durant tout l'été les parcs et espaces verts en périphérie de l'Arsenal de Metz en écho aux peintures mathématiques de Bernar Venet qui y sont exposées à l'occasion d'une grande rétrospective.
Figure majeure de l'art conceptuel et de la sculpture contemporaine, Bernar Venet a su rester accessible, chaleureux. Partageant son temps entre Paris, le Midi de la France et New York, il revendique son côté résolument inclassable, ses propositions formelles radicales, l'illisibilité de ses sujets qu'il s'agisse de ses silencieuses mais tellement élaborées sculptures minimalistes en acier épousant idéalement les espaces qu'elles investissent, redessinent, ou de ses toiles couvertes de mystérieuses équations mathématiques.
"Dans les années 60, j'utilisais déjà ce langage pour enrichir un système de signes jamais exploré en art." La recherche d'une abstraction maximale produit un non-référentiel qui est la marque de sa création et qu'il matérialise à travers des formules abstraites. Un univers à la fois d'une complexité extrême et d'une grande simplicité formelle. "C'est une manière pour moi d'introduire des symboles nouveaux dans l'art. Car lorsque des oeuvres d'art sont accrochées, les gens se projettent sur elles, leur éventuelle signification en fonction de leur culture. Comme Franck Stella, je revendique: ce que vous voyez, c'est ce que vous voyez..." Inutile de chercher à résoudre les équations transposées sur la toile. Venet lui même n'en connaît pas le sens. Il veut juste en montrer la trace, le signe en tant que tel.

dimanche 15 janvier 2006

Mueck, question d'échelle


photo © F.K.
Le Muppets Show mène à tout, à condition d'en sortir. C'est ce qu'a su faire l'artiste australien Ron Mueck.
Après avoir travaillé dans la délirante équipe de marionnettistes du show de Jim Hanson, il a décidé de voler de ses propres ailes. Son truc, c'est la sculpture hyperréaliste. Ron crée des personnages en silicone et fibre de verre saisissants de ressemblance. Ses modèles sont humains, au cheveu près. Sauf que, nains ou géants, ne sont pas conçus à notre échelle, comme on a pu le voir à la Fondation Cartier pour l'Art Contemporain à Paris, métamorphosée le temps de cette expo (jusqu'au 12 février 2006) en palais de Gulliver. Le visiteur oscille entre admiration et trouble, confronté à l'expressivité de sculptures plus faussement vraies que nature.