Paroles de murs

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vendredi 13 juin 2008

Murs de Naples à Crid'Art


La galerie Crid’Art à Amnéville-les-Thermes (57) présente jusqu’au 27 juillet 2008 « Photo 08 », une exposition collective où j’accroche ma série de 16 images de murs prise à Naples, présentée en avril dernier à la Biennale de l'image de Nancy.
L’an dernier, à Naples, j’ai traqué une tradition murale deux fois millénaire avec des fresques antiques à Pompéi, mais aussi l’expression ardente de cette cité portuaire fascinante et déglinguée,  lieu de tous les trafics. Sur les murs, d’une grande richesse graphique, s’exprime l’intensité de l’identité culturelle napolitaine, tout comme le poids de la religion et des croyances (le sang de Saint Janvier), de la tradition ou l’omniprésence de la mafia locale, la Camorra, dans le tissus économique, politique, urbain. Un « système » dénoncé par le journaliste et écrivain Roberto Saviano dans «Gomorra» (voir mon autre billet dans ce blog), et à qui je dédie cette série.

Parmi les photographes invités à cette expo collective je vous recommande particulièrement le travail graphique puissant d’Eric Didym, l’hommage à Rimbaud  et la série « Touba » d’Eric Guglielmi, l’univers en noir et blanc intimiste d’Olivier Brocard  ainsi que les saisissantes images d’Hervé Szydlowski sur le corps humain vieillissant.
À consulter :
Roberto Saviano : www.robertosaviano.it
La galerie Crid'Art : www.cridart.com
Eric Didym : www.eric.didym.free.fr
Eric Guglielmi : www.ericg.fr
Hervé Szydlowski : www.herve-szydlowski.com


Photos © Francis Kochert - reproduction interdite sans autorisation

samedi 17 novembre 2007

Naples : Saviano brise le mur du silence

Photomontage : Saviano lors de l'interview du Monde des Livres sur LCI /10 2007 - Collage sur un mur de Naples 03 2007 © Francis Kochert

Chaudron portuaire incandescent, volcanique de l'Italie du Sud, Naples est devenue la plaque tournant des trafics en tous genres de la mondialisation des échanges. Ses murs sales sont couverts d'affiches lacérées, de graffitis sauvages , de graphs inspirés qui sont le baromètre de cette fascinante cité aussi vivante que vénéneuse, déglinguée. Le politique s'y conjugue avec le religieux, le patriotisme avec le foot, la modernité branchée avec des réminiscences pompéiennes, l'érotisme avec la violence. Ici, plus qu'ailleurs, les murs ont tant de choses à dire.
Le journaliste napolitain Roberto Saviano en sait quelque chose, lui dont le visage est collé à la sauvette sur les murs comme un tract appelant à la résistance dans ces quartiers du centre aux ruelles étroites quadrillés par les guetteurs de la camorra. Pour avoir osé dénoncé dans "Gomorra", les agissements mafieux de cette toute puissante organisation du crime, Saviano a été condamné à mort par les parrains napolitains, comme Rushdie par les extrémistes religieux iraniens.
Sa faute : avoir osé écrire dans  ce livre d'enquête  - qui a connu l'an dernier des échos sans précédent en Italie et vient de paraitre  chez Gallimard - ce que tout le monde là-bas sait, tait. Vrai, ce bouquin d'un enfant du pays qui dénoue les fils diaboliquement enchevêtrés du "Système", comme on l'appelle, vous glace le sang. Il dévoile la face cachée, honteuse, de nos démocraties dont le fonctionnement est gangrené, les règles dévoyées, mises en coupe réglée par des clans de criminels, de profiteurs sans scrupule. Il fallait du courage, mais aussi un formidable sens de la dignité, une foi rare dans le pouvoir des mots pour oser mener, au risque de sa vie et de manière intime, une enquête aussi profonde, rigoureuse. Elle fait honneur à son auteur, au métier de journaliste. Courage et merci, Roberto... Je te dédie le travail photo (vingt images 50x70) sur les murs de Naples que je présenterai en avril 2008 à la Biennale de la photo de Nancy. Pour que les gens n'oublient pas !