interview au Café de Flore à Paris début 2007 lors de la sortie de son 12e roman
Photo © Francis Kochert

Bonne nouvelle ! Yves Simon, que je croise avec affection depuis bientôt trente ans, a repris, chose rare, sa guitare pour composer «Rumeurs» (Barclay), son douzième disque. Objet sonore sensuel, mélancolique et beau, il est dédié à Patrice, sa muse métisse. Cette dernière a inspiré de manière aérienne et amoureuse, l’ultime des treize compositions finement ciselées qui composent cet album et forment autant d'épures, d'invitations au voyage dans le présent de nos émotions comme ces duos exquis sur « La rumeur » avec Angela Molina  ou, avec l’impeccable icône Françoise Hardy, « Aux fenêtres de ma vie ». Tout l’art de peindre en deux minutes trente une aquarelle aux couleurs pastel séchées à l’air du temps. "Du Yves Simon magnétique, classique et pourtant renouvelé, superbement mis en valeur par Jean-Louis Piérot (réalisateur pour Bashung, Miossec, Daho...), dont les arrangements classieux et discrets sertissent des mélodies habitées, comme s’ils devinaient l’importance de l’occasion…", écrit en fin connaisseur Yves Bigot. (Pour mémoire,  concert à l'Olympia le 12 mars 2008.)
Dans la foulée parait un dictionnaire intime chez Calmann-Levy. Des "Epreuves d'artiste" qui portent bien leur nom. Yves jongle avec 250 mots qui lui tiennent au corps, à l'âme. Cet abécédaire convoque les Vosges d'enfance heureuse à Contrexéville, raconte le parcours de musique en mots, rappelle la passion obsédante de l'auteur pour les ailleurs, les images, le cinéma, ce "miroir d'un monde accordé à nos désirs" selon la belle formule d'André Bazin.

Au fil des pages et des souvenirs on croise la silhouette de Juliet (Berto), François (Mitterrand), Serge (Gainsbourg) et les autres dans ce jeu de piste embrumé d'alcool et de gourmandes volutes de havane, d'histoires d'amour parfois tristes, forcément. Balançant entre esthétique et engagement, avec cette insoutenable légèreté de l'être revendiquée comme un art de vivre, comme une matière à façonner les mondes qu'il habite, qui le hantent, Yves Simon déambule en fredonnant sa petite mélodie fragile, entêtante, fraternelle, sensible, élégante, désabusée, aimante. Quelque chose qui ressemble sans caricaturer à cette couleur estompée qui est sa marque, sa façon d'être, d'aller, ces gris délicats propices aux nuances, ces bleus à l'âme esquissés. Des "Epreuves d'artiste" qui constituent un prolongement naturel à son douzième roman "Je voudrais tant revenir" (éditions du Seuil), paru en février 2007, et que je tiens pour l'un de ses meilleurs. (Lire chronique sur mon site).