Dans la famille des explorateurs,
Philippe Vasset occupe une place singulière. Sa "terra incognita", c'est la
jungle urbaine. Il a arpenté pendant un an en région parisienne les zones
vierges de toute indication sur ses cartes IGN : terrains
vagues, usines désaffectées, improbables entre-deux. La zone, quoi.
Son carnet de déroute, énigmatiquement intitulé "Un livre
blanc" (Fayard), démontre, si besoin était, qu'avec presque rien on peut
découvrir des mondes au bout de sa rue.
Recensant inlassablement depuis des années les traces, les signes sur les murs
du monde dans les endroits parfois les plus dévastés, j'ai forcément découvert
de solides et fraternelles affinités avec la démarche de Vasset. J'aime son
obsession méticuleuse dans la durée à partir du moment où il s'est fixé un
objet de travail, de création. Il est passionnant de le suivre pas à pas dans
son work in progress. Très vite, en effet, l'auteur comprend qu'il ne
lui faut pas s'arrêter à un relevé de géographe, se limiter à un travail
sociologique sur les fantômes qui hantent ces zones étranges, squatteurs,
rôdeurs, sans papiers terrés comme des bêtes derrière barrières et palissades,
barbelés, murs de béton couverts de tags sauvages limitant des territoire
inconnus. C'est toute une réflexion philosophique sur l'occupé et l'inoccupé,
le vide et le plein qui se dessine également au fur et à mesure, une écriture
qui se construit sur une impossibilité de combler les zones blanches, sur la
fertilité de s'en nourrir. Lui remontent ses lectures de Robert Pinget, Claude
Simon, "textes qui ne comportent pas de perspective clairement ménagée,
mais déploient, telles des cartes, leurs minutieuses descriptions dans toutes
les directions et où chaque détail, même le plus trivial, est riche d'un
mystère jamais épuisé..." Tel est, in fine, son projet, son projet :
écrire à l'aveugle sur les zones blanches... Voilà qui aurait certainement
enchanté Lewis Caroll qui, dans "La chasse au Snark", avait dressé sur
une page blanche la carte de nulle part ! L'important consiste à passer de
l'autre côté du miroir, pas vrai ?
A noter que l'aventure de ce "Livre blanc" se prolonge sur
www.unsiteblanc.com
Tag - Livre
jeudi 15 novembre 2007
Vasset, arpenteur de l'invisible
Par Francis le jeudi 15 novembre 2007, 17:37 - Littérature
mardi 13 novembre 2007
Prix littéraires - 2 : les Lorrains !
Par Francis le mardi 13 novembre 2007, 15:20 - Littérature
Petit rappel régional : lundi 12 novembre a été attribué à Metz le prix Erckmann-Chatrian (l'un des plus anciens prix littéraires français !). Il est présidé par l'écrivain et philosophe Gaston-Paul Effa, qui a succédé à Philippe Claudel voici deux ans dans cette fonction. Le prix du roman a été attribué à l'écrivain lorrain Michel Bernard, pour "La tranchée de Calonne" (La Table Ronde). Le prix histoire à lui été attribué à Marc Oudinot pour "Le maréchal Oudinot" (De Fallois). L'auteur est un authentique descendant du maréchal. La bourse historique revient à Jérôme Fronty pour "Un poisson dans le plafond"(Serpenoise).
Prix littéraires - 1 : Fottorino & Hatzfeld
Par Francis le mardi 13 novembre 2007, 11:06 - Littérature
La deuxième vague des prix
littéraires est tombée. Elle récompense deux confrères journalistes et
écrivains que j'aime bien : Eric Fottorino, nouveau pilote plutôt inspiré du
Monde, prix Femina, et Jean Hatzfeld, ancien grand reporter à Libération, prix
Médicis.
De Fottorino, je suis en train de lire l'excellent "Baisers de cinéma"
(Gallimard), un roman rare par la qualité, la finesse de son style, de son
atmosphère en noir et blanc qui fleure bon les années soixante, la Nouvelle
Vague. Lisant, c'est comme si l'on entendait Truffaut raconter une belle et
évanescente histoire d'amour en voix off. Avec des éclairages, pardon, des
lumières de Trauner, d'Alekan, pour un récit à la fois sensuel - comme
l'énigmatique amante qu'est Mayliss - mais en même temps plein de ce presque
rien qui vous remplit une vie. Bourreau de travail, Fottorino sait ce que la
souffrance veut dire, lui qui a pratiqué le vélo à un solide niveau, mais il
possède également le panache des premiers du peloton, doublé d'une simplicité
que j'ai appréciée lors d'une rencontre autour d'un beau livre qu'il a consacré
à la protection du littoral. Car la défense de l'environnement est une seconde
nature chez ce romancier à part entière.
Hatzfeld a le contact plus distant. Comme s'il voulait se protéger, ce frère de
plume plusieurs fois rencontré, cet oiseau blessé au corps et à l'âme. Mais que
pèsent mes souffrances, semble dire son regard grave, à côté de l'horreur
absolue du génocide au Rwanda. Un drame qui l'obsède, le hante, a bouleversé sa
vie. Certains confrères grands reporters sont devenus fous, alcooliques après
avoir assisté, impuissants, au massacre des machettes, à l'éradication des
Tutsi par les Hutus. Jean, qui portait déjà en lui l'héritage silencieux de la
shoah, s'est pris d'empathie pour les témoins. Il est retourné là-bas
inlassablement depuis 1994, comme aimanté, pour rencontrer, recueillir leurs
témoignages, raconter l'indicible. En douze ans et trois livres il nous donne à
ressentir dans la durée, plus encore qu'à comprendre, la douleur muette des
survivants, l'impossible pardon, la nécessité pour Tutsi et Hutus de survivre
ensemble malgré tout, sans pouvoir parler, effacer par des mots l'horreur
absolue. "La stratégie de l'antilope" (collection Fiction et
Cie aux éditions du Seuil) est un livre bouleversant et utile, écrit avec
justesse. L'ultime maillon d'une trilogie du désastre.
Photo : Eric Fottorino chez FOG sur France 5 - émission du 17/11/07 - Juste un portrait arraché à l'écran de télé © FK
dimanche 11 novembre 2007
Murs et frontières
Par Francis le dimanche 11 novembre 2007, 15:53 - Murs

Photo © Francis Kochert / Berlin 2005
Comment ne pas mentionner sur un blog intitulé "Paroles de Murs" la
parution en cet automne 2007 du n° 31 de la revue Cités (Presses
Universitaires de France) intitulé " Murs et frontières, De la chute du mur
de Berlin aux murs du XXIe siècle"... Yves Charles Zarka y
développe notamment , dans son éditorial, une distinction fondamentale entre
frontière et mur, la frontière étant le symbole d'une reconnaissance mutuelle
de la différence de soi et de l'autre - qui n'empêche pas les échanges, les
passages - tandis que le mur est de qui divise, sépare, empêche. Mais alors que
la mondialisation, la globalisation , la déterritorialisation, la nomadisation
s'accentuent dans les relations et circulations internationales, comme par
réaction des murs s'édifient pour tenter d'endiguer, de conserver, de protéger.
C'est particulièrement sensible concernant ceux qui ont été construits en
Californie entre les Etats-Unis et le Mexique ou entre Israël et les
Territoires Palestiniens pour ne citer que les plus récents. Reste que ces murs
s'accompagnent de traces, de signes, de "murmures" qui - comme naguère sur
celui de Berlin - en dénoncent la présence, la brutalité, la violence. Ces
murs-écrans, ces territoires d'interdiction qui deviennent surface d'expression
où, pour reprendre le célèbre slogan de 1968 "Il est interdit d'interdire", se
métamorphosent, comme le dit justement Jean-Michel Durafour dans son article
"Murs,murs" en un "obstacle qui donne à voir".
Cités n°31: http://www.puf.com
mercredi 31 octobre 2007
Les Vosges des Munier
Par Francis le mercredi 31 octobre 2007, 17:18 - Photo

Photo M. et V. Munier © Daniel Gourdin
Bon sang ne saurait mentir. Michel Munier et son fils Vincent ont la
photographie naturaliste chevillée au corps, à l’âme. Et la longue patience que
nécessite cette humble pratique d’observation d’un univers où rien n’est donné,
acquis, mais offert. On retrouve ces instants de grâce dans
« Clair de Brume » qui vient de paraître aux éditions Hesse.
Michel et Vincent y révèlent, de manière fusionnelle, le regard aimant qu’ils
portent depuis toujours sur leurs Vosges natales, leur terrain d’observation
privilégié. « Si une intention devait caractériser leur démarche, ce
serait celle d’être fidèles aux émotions perçues dans l’intimité d’un monde où
l’obscurité est animée, où l’hiver n’est pas triste, où la brume magnifie
l’invisible » écrit de manière inspirée Laurent Joffrion en préambule
de ce bel ouvrage de photo.
Tout ici est, en effet, question de révélation, tout se joue, s’accomplit au
creux de brouillard matinaux estompant les crêtes comme des estampes chinoises,
ou dans ces nuits froides et rudes si longues mais propices aux rencontres
magiques, de l’autre côté du miroir, avec l’univers invisible de la forêt. La
silhouette d’un cerf aperçu au loin dans le fourré, le face à face soudain avec
le renard ou, moment de grâce, l’apparition d’un grand tétras, ce phénix
vosgien aujourd’hui si menacé… autant d’instant rares et précieux que nous
invitent à admirer les Munier au long de leur impeccable, militante et poétique
quête…
A noter que les droits d’auteur de « Clair de
Brume » sont reversés au Groupe Tétras Vosges, qui agit pour
l’intégrité des écosystèmes sylvestres de la montagne.
Voir le site du
groupe-tetras-vosges
Le site des éditions Hesse : www.editionshesse.com
Recommandée, également, une visite du superbe site de Vincent Munier :
www.vincentmunier.com
Photographe professionnel depuis les années 2000, Vincent a été plusieurs fois
lauréat du prix BBC Wildlife Photographer of the year et publie dans
des revues prestigieuses comme National Geographic. Il est également
membre de l'International League of Conservation Photographers. Yann
Arthus-Bertrand le considère comme le meilleur de la jeune génération de
photographes naturalistes.
Les Munier à Montier-en-Der :
Michel et Vincent Munier participeront au Festival international de
photographie animalière et de nature qui se déroulera du 16 au 18 novembre
à Montier-en-Der (Haute-Marne). Ils y exposeront les photos de Clair de
Brume et rencontreront le public en compagnie de Laurent Joffrion, auteur
des textes de l'ouvrage.
mardi 30 octobre 2007
Très Bon biographe de Dylan !
Par Francis le mardi 30 octobre 2007, 17:57 - Littérature

Photo François Bon © F.K.
Après une biographie romancée très personnelle sur les Rolling
Stones chez Fayard en 2002, François Bon s'est attaqué de manière encore
plus documentée au parcours fulgurant de Robert Zimmerman, alias Bob
Dylan. Pour ce faire, décryptant les nombreuses bios existantes mais
aussi le premier volume récemment paru des Chroniques de Dylan,
François Bon essaie de reconstituer comment Robert Allen Zimmerman, né à
Hibbing le 24 mai 1941, s'est façonné dans l'univers du folk, du rock , dans le
sillon (et le microsillon) de Woodie Guthrie, d'Odetta, de Pete Seeger avant de
devenir une icône planétaire. Ce conte de fée électrique se déroule entre le 24
janvier1961, où Bob débarque à New York avec sa guitare et le 29 juillet 1966
où, après un accident de moto bidon, il se retire à Woodstock pour clore ce
phénoménal chapitre de sa carrière. Entre Blowin' In the Wind et
Blonde on Blonde. François Bon n'a pas son pareil dans son épatant
Bob Dylan, une biographie (Albin-Michel) pour creuser les interstices,
combler les vides, recouper les infos, recomposer le puzzle d'un parcours que
Dylan a délibérément brouillé. Il y met surtout en lumière que Bob est avant
tout un poète nourri de Rimbaud et d'Alan Ginsberg, autant qu'un musicien
alimenté aux sources du blues, de la country, que du folk militant, ou du rock.
Un être libre, un créateur fulgurant, manipulateur parfois, excessivement
solitaire, foncièrement génial et inspiré encore jusqu'à nos jours. Like a
Rolling Stone...
Egalement auteur de théâtre (on lui doit l'excellent Daewoo monté par
Charles Tordjman ) François Bon, qui prépare une bio du groupe de rock Led
Zeppelin, anime régulièrement des ateliers d'écriture. Il vient de créer
Déplacements, une collection d'expérimentation littéraire publiée aux
éditions du Seuil, et gère également un site que je vous recommande
vivement : www.tierslivre.net
A voir aussi le documentaire culte de Martin Scorsese: "No direction
home" (DVD Paramount).
lundi 29 octobre 2007
Pelot passe par Metz
Par Francis le lundi 29 octobre 2007, 11:00 - Littérature
Saluer dans ce blog l'excellent roman "Les normales saisonnières"
de Pierre Pelot paru chez Héloïse d'Ormesson, c'est bien (voir billet du 7/10).
Mais aller l'écouter lui-même en parler, c'est mieux. Ce sera chose possible
samedi 17 novembre à Metz à 14h à la librairie Le Préau, 11 rue Taison, chez
l'amie Pierrette Matthieu. Spécialisée dans la littérature jeunesse, elle a
ouvert récemment une annexe La Cour des Grands consacrée aux romans et
beaux livres constituant une jolie passerelle vers le monde adulte... tout en
conservant une âme d'enfant!
Pour consulter le blog de La Cour des Grands: http://lacourdesgrands.overblog.fr
mercredi 24 octobre 2007
Epatante Pat' de Gorostarzu
Par Francis le mercredi 24 octobre 2007, 00:00 - Photo

photo © F.K.
Le nom de la photographe Patricia de Gorostarzu est familier des amateurs de blues fréquentant les catalogues de Dixiefrog et Fargo. On lui doit notamment les pochettes de Popa Chubby, dont elle est la portraitiste attitrée, mais aussi de Nico Wayne Toussaint, Beverly Joe Scott, Eric Bibb et tant d'autres. La musique et le voyage chevillés au corps, à l'âme, on sent la photographe habitée par l'univers musical des grands espaces américains. Elle retrace cette géographie sensible en sépia dans l'album D'Est en Ouest (Editions Flagstaff), arpentant à sa manière la légendaire Route 66 à la poursuite des fantômes de la grande dépression. Patricia, qui a grandi entre Paris, l'Australie et l'Afrique du Sud, a quadrillé la Grosse Pomme entre 2004 et 2005 avec son Hasselbald. Elle en tire le portrait intime, en noir et blanc dans New York récemment paru aux éditions Pyramyd. Une collection d'instants, d'ambiances de rues, de portraits anonymes et pluriels qui fondent de Queens à Manhattan, du Bronx à Brooklin le charme, la mélancolie, l'identité de New York, comme dans une belle et acide balade de Lou Reed...
Plongez dans l'univers de Patricia dans l'exposition Route'n Blues (New York - Route 66 - Portraits d'artistes) jusqu'au 22 novembre 2007 sur deux niveaux à l'Espace Guillaume 32, rue de Picardie à Paris (01 44 54 20 60). Les veinards dont je comptais ont eu droit au cours du vernissage à un show case de la chanteuse de blues indienne Pura Fe, qui a offert en prime à Patricia une version de Summertime à vous coller des frissons...
- Visitez le site de Pat' : www.degorostarzu.com
vendredi 19 octobre 2007
Claudel, l'esprit des lieux
Par Francis le vendredi 19 octobre 2007, 21:10 - Littérature
photo © F.K.Alors même “Le rapport de Brodeck” (publié chez Stock) s’annonce comme l’un des romans les plus en vue de cette rentrée — il est en piste pour le Goncourt 2007 — Philippe Claudel sort un texte plus personnel édité dans son fief nancéien.
Fidèle à son inspiration et à ses racines lorraines, Philippe n'en finit pas d'arpenter les territoires de son imaginaire comme il l'a fait naguère avec Le Café de L'Excelsior (La Dragonne) ou Meuse, l'oubli (Balland).
"Les lieux en définitive m'ont toujours nourri davantage que les hommes et que tout ce qu'ils peuvent écrire ou peindre. Ce sont les rues, les murs, les eaux tombées du ciel et celles qui serpentent à terre qui ont fait ce que je suis", écrit-il dans Quartier, texte intimiste, illustré de photographies de Richard Bato.
À lire aussi dans mon site,
la chronique sur Le rapport de Brodeck
Quartier vient de paraître aux Editions La Dragonne
3, rue Chanzy 54000 Nancy
Tél. : 03 83 32 48 22
mercredi 10 octobre 2007
Joël Leick, la voie & la voix
Par Francis le mercredi 10 octobre 2007, 10:42 - Arts plastiques

photo © F.K.
Poète, peintre et photographe de manière indissociable, Joël Leick
demeure hanté par les paysages industriels rouillés de son enfance dans le
bassin sidérurgique lorrain. D'où, sans doute, son gout prononcé pour
les traces, les indices, les empreintes, les objets délités, les matériaux
rouillés, les mots sonores. On retrouve quelques-uns de ses objets graphiques
dans la très belle exposition "Autres rives, autres
livres" consacrée aux livres d'artistes choisis dans les
bibliothèques de la Grande Région transfrontalière et présentée au centre
Jacques Brel à Thionville jusqu'à fin octobre 2007.
Joël présente simultanément à la galerie Lucien Schweitzer, 24 rue Monterey à
Luxembourg, "La voie & la voix", série de 35
tirages photo jet d'encre prises dans les anciens sites miniers luxembourgeois
de Fond de Gras et Lasauvage. Ces friches industrielles explorées sous l'angle
des rails et du matériel ferroviaire à l'abandon offre matière à une réflexion
graphique inspirée.
- Centre Jacques Brel: www.centre-jacques-brel.com
- Galerie Lucien Schweitzer: www.lucien-schweitzer.lu
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