Avec « Il y a longtemps
que je t’aime », Philippe Claudel signe en tant que réalisateur son premier
long métrage. Il y dévoile en images une nouvelle et impeccable facette de son
talent de narrateur, de guetteur d’âmes, de révélateur d’instants vrais et
profonds, universels… Philippe a travaillé la matière d’un film
translucide et beau comme une pâte de verre de Daum : coloré dans la masse de
teintes mates et lumineuses, d’une élégance discrète et subtile, à la forme
polissée, aux lignes sensuelles. Une œuvre à la fois fragile et durable, d’une
maîtrise contenue. La marque de Claudel en littérature comme à l’écran. J’ai eu
plaisir à lire, avant de voir le film, la «Petite fabrique des rêves et
réalités» qu’il vient de publier chez Stock en manière d’accompagnement,
d’exploration intime du travail par les mots, après que les images aient été
fixées sur la pellicule. Une démarche révélatrice de la dualité qui hante
l’auteur, fait écho dans son œuvre indissociablement. Cette plongée en amont
dans la matière, l’envers du décor, m’a en quelque sorte exonéré de la position
du spectateur captif. J’étais comme libéré de l’enchaînement narratif des
séquences, me retrouvant dans la position jubilatoire du cinéphile. Celui, par
exemple, qui a vu dix, vingt fois sans jamais se lasser « Les ailes du
désir » de WimWenders tant la richesse de chaque plan, cadrage, chaque
lumière, chaque expression ou dialogue, bruits, son, s’articulent comme autant
de joyaux qui font sens, contribuent de manière inusable à la jouissance de
l’œuvre par la multiplicité, la complémentarité des intentions de l’auteur, des
mondes qu’il dévoile.Tag - Emile Friant
lundi 31 mars 2008
Il y a longtemps que je t'aime
Par Francis le lundi 31 mars 2008, 22:40 - Cinéma
Avec « Il y a longtemps
que je t’aime », Philippe Claudel signe en tant que réalisateur son premier
long métrage. Il y dévoile en images une nouvelle et impeccable facette de son
talent de narrateur, de guetteur d’âmes, de révélateur d’instants vrais et
profonds, universels… Philippe a travaillé la matière d’un film
translucide et beau comme une pâte de verre de Daum : coloré dans la masse de
teintes mates et lumineuses, d’une élégance discrète et subtile, à la forme
polissée, aux lignes sensuelles. Une œuvre à la fois fragile et durable, d’une
maîtrise contenue. La marque de Claudel en littérature comme à l’écran. J’ai eu
plaisir à lire, avant de voir le film, la «Petite fabrique des rêves et
réalités» qu’il vient de publier chez Stock en manière d’accompagnement,
d’exploration intime du travail par les mots, après que les images aient été
fixées sur la pellicule. Une démarche révélatrice de la dualité qui hante
l’auteur, fait écho dans son œuvre indissociablement. Cette plongée en amont
dans la matière, l’envers du décor, m’a en quelque sorte exonéré de la position
du spectateur captif. J’étais comme libéré de l’enchaînement narratif des
séquences, me retrouvant dans la position jubilatoire du cinéphile. Celui, par
exemple, qui a vu dix, vingt fois sans jamais se lasser « Les ailes du
désir » de WimWenders tant la richesse de chaque plan, cadrage, chaque
lumière, chaque expression ou dialogue, bruits, son, s’articulent comme autant
de joyaux qui font sens, contribuent de manière inusable à la jouissance de
l’œuvre par la multiplicité, la complémentarité des intentions de l’auteur, des
mondes qu’il dévoile.