Prix littéraires - 1 : Fottorino & Hatzfeld
Par Francis le mardi 13 novembre 2007, 11:06 - Littérature - Lien permanent
La deuxième vague des prix
littéraires est tombée. Elle récompense deux confrères journalistes et
écrivains que j'aime bien : Eric Fottorino, nouveau pilote plutôt inspiré du
Monde, prix Femina, et Jean Hatzfeld, ancien grand reporter à Libération, prix
Médicis.
De Fottorino, je suis en train de lire l'excellent "Baisers de cinéma"
(Gallimard), un roman rare par la qualité, la finesse de son style, de son
atmosphère en noir et blanc qui fleure bon les années soixante, la Nouvelle
Vague. Lisant, c'est comme si l'on entendait Truffaut raconter une belle et
évanescente histoire d'amour en voix off. Avec des éclairages, pardon, des
lumières de Trauner, d'Alekan, pour un récit à la fois sensuel - comme
l'énigmatique amante qu'est Mayliss - mais en même temps plein de ce presque
rien qui vous remplit une vie. Bourreau de travail, Fottorino sait ce que la
souffrance veut dire, lui qui a pratiqué le vélo à un solide niveau, mais il
possède également le panache des premiers du peloton, doublé d'une simplicité
que j'ai appréciée lors d'une rencontre autour d'un beau livre qu'il a consacré
à la protection du littoral. Car la défense de l'environnement est une seconde
nature chez ce romancier à part entière.
Hatzfeld a le contact plus distant. Comme s'il voulait se protéger, ce frère de
plume plusieurs fois rencontré, cet oiseau blessé au corps et à l'âme. Mais que
pèsent mes souffrances, semble dire son regard grave, à côté de l'horreur
absolue du génocide au Rwanda. Un drame qui l'obsède, le hante, a bouleversé sa
vie. Certains confrères grands reporters sont devenus fous, alcooliques après
avoir assisté, impuissants, au massacre des machettes, à l'éradication des
Tutsi par les Hutus. Jean, qui portait déjà en lui l'héritage silencieux de la
shoah, s'est pris d'empathie pour les témoins. Il est retourné là-bas
inlassablement depuis 1994, comme aimanté, pour rencontrer, recueillir leurs
témoignages, raconter l'indicible. En douze ans et trois livres il nous donne à
ressentir dans la durée, plus encore qu'à comprendre, la douleur muette des
survivants, l'impossible pardon, la nécessité pour Tutsi et Hutus de survivre
ensemble malgré tout, sans pouvoir parler, effacer par des mots l'horreur
absolue. "La stratégie de l'antilope" (collection Fiction et
Cie aux éditions du Seuil) est un livre bouleversant et utile, écrit avec
justesse. L'ultime maillon d'une trilogie du désastre.
Photo : Eric Fottorino chez FOG sur France 5 - émission du 17/11/07 - Juste un portrait arraché à l'écran de télé © FK