Photomontage : Saviano lors de l'interview du Monde des Livres sur LCI /10 2007 - Collage sur un mur de Naples 03 2007 © Francis Kochert

Chaudron portuaire incandescent, volcanique de l'Italie du Sud, Naples est devenue la plaque tournant des trafics en tous genres de la mondialisation des échanges. Ses murs sales sont couverts d'affiches lacérées, de graffitis sauvages , de graphs inspirés qui sont le baromètre de cette fascinante cité aussi vivante que vénéneuse, déglinguée. Le politique s'y conjugue avec le religieux, le patriotisme avec le foot, la modernité branchée avec des réminiscences pompéiennes, l'érotisme avec la violence. Ici, plus qu'ailleurs, les murs ont tant de choses à dire.
Le journaliste napolitain Roberto Saviano en sait quelque chose, lui dont le visage est collé à la sauvette sur les murs comme un tract appelant à la résistance dans ces quartiers du centre aux ruelles étroites quadrillés par les guetteurs de la camorra. Pour avoir osé dénoncé dans "Gomorra", les agissements mafieux de cette toute puissante organisation du crime, Saviano a été condamné à mort par les parrains napolitains, comme Rushdie par les extrémistes religieux iraniens.
Sa faute : avoir osé écrire dans  ce livre d'enquête  - qui a connu l'an dernier des échos sans précédent en Italie et vient de paraitre  chez Gallimard - ce que tout le monde là-bas sait, tait. Vrai, ce bouquin d'un enfant du pays qui dénoue les fils diaboliquement enchevêtrés du "Système", comme on l'appelle, vous glace le sang. Il dévoile la face cachée, honteuse, de nos démocraties dont le fonctionnement est gangrené, les règles dévoyées, mises en coupe réglée par des clans de criminels, de profiteurs sans scrupule. Il fallait du courage, mais aussi un formidable sens de la dignité, une foi rare dans le pouvoir des mots pour oser mener, au risque de sa vie et de manière intime, une enquête aussi profonde, rigoureuse. Elle fait honneur à son auteur, au métier de journaliste. Courage et merci, Roberto... Je te dédie le travail photo (vingt images 50x70) sur les murs de Naples que je présenterai en avril 2008 à la Biennale de la photo de Nancy. Pour que les gens n'oublient pas !