Paroles de murs

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Musique

blues, jazz, rock, classique, danse, concert, disque, audio, tournée, musicien, groupe, instrument, soliste, orchestre, chef

Fil des billets - Fil des commentaires

lundi 25 février 2008

Kontomanou, jazz à l’âme


Des phrasés émouvants venus du plus profond, un goût ellingtonien du swing bien orchestré, une aisance vocale jubilatoire à la Ella Fitzgerald, décidément, Elisabeth Kontomanou s’inscrit dans la belle tradition des grandes chanteuses de jazz, de Billie Holiday à Carmen Mc Rae. Grâce, aisance, technicité, exigence, respectueuse du répertoire, tout en s’offrant de belles audaces, de solides échappées, Kontomanou a séduit son auditoire samedi 19 janvier 2008 lors d’une soirée mémorable à l’Arsenal de Metz. Elle y enregistrait en public un concert pour lequel elle était accompagnée par Alain Jean-Marie au piano, Thomas Bramerie à la basse, son fils Donald Kontomanou à la batterie, ainsi que les quatre vingt dix musiciens de l’Orchestre National de Lorraine sous la direction de Jacques Mercier. L’occasion de faire briller de mille feux les arrangements de Dale Oehler, un maître du genre dans les années 50 aux States, mais aussi de confier à Gustav Karlström, 22 ans - l’un de ses quatre fils - quelques orchestrations hardies et de l’inviter à la rejoindre sur scène pour un duo jazzy  aux accents funky tout en finesse. Bon sang ne saurait mentir !
Si elle aime interpréter les standards du jazz, Elisabeth Kontomanou au registre vocal sensuel, envoûtant, aime par nature les métissages. De mère grecque et de père guinéen, cette admiratrice de la Callas, possède une beauté, une folie intérieure, une tessiture vocale, une générosité qui lui permettent  toutes les audaces, comme on a pu l’apprécier dans son interprétation du dézingué standard« I put a spell on you » du chanteur de blues Screaming Jay Hawkins. Tant il est vrai qu’Elisabeth, qui n’a guère été épargnée par la vie, a décidément le blues, le jazz chevillés au corps, à l’âme…
A écouter : « Waiting for the Spring », Victoire de la Musique en 2006 ; et le récent « Back to my Groove » (Nocturne)
En savoir plus: www.myspace.com/elisabethkontomanou

mardi 27 novembre 2007

Yves Simon : séduisantes "Rumeurs"

interview au Café de Flore à Paris début 2007 lors de la sortie de son 12e roman
Photo © Francis Kochert

Bonne nouvelle ! Yves Simon, que je croise avec affection depuis bientôt trente ans, a repris, chose rare, sa guitare pour composer «Rumeurs» (Barclay), son douzième disque. Objet sonore sensuel, mélancolique et beau, il est dédié à Patrice, sa muse métisse. Cette dernière a inspiré de manière aérienne et amoureuse, l’ultime des treize compositions finement ciselées qui composent cet album et forment autant d'épures, d'invitations au voyage dans le présent de nos émotions comme ces duos exquis sur « La rumeur » avec Angela Molina  ou, avec l’impeccable icône Françoise Hardy, « Aux fenêtres de ma vie ». Tout l’art de peindre en deux minutes trente une aquarelle aux couleurs pastel séchées à l’air du temps. "Du Yves Simon magnétique, classique et pourtant renouvelé, superbement mis en valeur par Jean-Louis Piérot (réalisateur pour Bashung, Miossec, Daho...), dont les arrangements classieux et discrets sertissent des mélodies habitées, comme s’ils devinaient l’importance de l’occasion…", écrit en fin connaisseur Yves Bigot. (Pour mémoire,  concert à l'Olympia le 12 mars 2008.)
Dans la foulée parait un dictionnaire intime chez Calmann-Levy. Des "Epreuves d'artiste" qui portent bien leur nom. Yves jongle avec 250 mots qui lui tiennent au corps, à l'âme. Cet abécédaire convoque les Vosges d'enfance heureuse à Contrexéville, raconte le parcours de musique en mots, rappelle la passion obsédante de l'auteur pour les ailleurs, les images, le cinéma, ce "miroir d'un monde accordé à nos désirs" selon la belle formule d'André Bazin.

Au fil des pages et des souvenirs on croise la silhouette de Juliet (Berto), François (Mitterrand), Serge (Gainsbourg) et les autres dans ce jeu de piste embrumé d'alcool et de gourmandes volutes de havane, d'histoires d'amour parfois tristes, forcément. Balançant entre esthétique et engagement, avec cette insoutenable légèreté de l'être revendiquée comme un art de vivre, comme une matière à façonner les mondes qu'il habite, qui le hantent, Yves Simon déambule en fredonnant sa petite mélodie fragile, entêtante, fraternelle, sensible, élégante, désabusée, aimante. Quelque chose qui ressemble sans caricaturer à cette couleur estompée qui est sa marque, sa façon d'être, d'aller, ces gris délicats propices aux nuances, ces bleus à l'âme esquissés. Des "Epreuves d'artiste" qui constituent un prolongement naturel à son douzième roman "Je voudrais tant revenir" (éditions du Seuil), paru en février 2007, et que je tiens pour l'un de ses meilleurs. (Lire chronique sur mon site).

mercredi 20 septembre 2006

La légende de B.B. King

photo © F.K.

Véritable marathonien de la scène, à 81 ans le bluesman américain B.B. King a achevé, mardi 19 septembre à Luxembourg, son ultime tournée européenne. Retour sur image.
B.B. King, avec son jeu unique, qui en fait le plus important guitariste électrique encore vivant est  avec Muddy Waters, l'un des principaux initiateurs du blues, du feeling électrique rythm'& blues dans le pop-rock européen. Celui des Rolling Stones, de son pote Eric Clapton, de U2. Après bientôt cinquante années de scène, B.B. King, tracassé physiquement par les rigueurs de l'âge, a décidé de laisser souffler un peu Lucille, sa guitare Gibson fétiche. Tout cet été il a triomphalement fait ses ultimes adieux au public européen qui lui a tant apporté, l'a tant aimé. Il le sait, s'en souvient. Mardi, il a donné à Luxembourg son tout dernier show, dans son impeccable costume de scène, a fait vibrer sa guitare comme nul autre avec son vibrato, ses attaques, son glissando unique. Une immense carrière s'achève, généreuse, inégalée. Merci Blues Boy!